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Du Colloque de Genève de l'Association des démographes de langue française II

Mercredi, 21.07.2010

Felix Bühlmann, université de Lausanne (Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales FORS) et responsable du Rapport social et générationnel 2012 – «Relations intergénérationnelles»: impressions du Colloque de Genève de l'Association des démographes de langue française (21-24 juin 2010)

 

Partie 1

Du 21 au 24 juin 2010, l’Association Internationale des Démographes de Langue Française AIDELF s’est réunie à Genève pour son colloque annuel qui, en 2010, était placé sous le thème des relations intergénérationnelles. La démographie traite de l'évolution et de la structure de la population.

Au cours de ces dernières années, les démographes ont commencé à attirer l’attention du monde sur le vieillissement de la population. Dans les média des termes comme le «Complexe de Mathusalem» et la «Guerre des générations» ont eu une résonance importante.

Cependant, la recherche démographique est bien plus différenciée que les médias ne veulent le faire penser par leur conceptions généralisées. Le Colloque de Genève l’a confirmé de manière impressionnante. Venue d’Afrique francophone, de Belgique, du Québec et de France, une assistance nombreuse a apporté des contributions variées, discutées avec passion.

Les enfants au pouvoir?

Bien sûr, la thématique du vieillissement de la population n’était pas pour autant absente. Des ébauches de solution ont même été présentées: ainsi Paul Demeny, démographe réputé venu des USA, a fait une proposition non conventionnelle. Il donnait à penser qu’un des problèmes majeurs des populations vieillissantes résidait dans les rapports majoritaires en politique. En effet, tout comme celui de la population dans son ensemble, l’âge moyen des votants et des représentants parlementaires progresse dans les pays occidentaux.

De plus en plus, la majorité politique se constitue donc de personnes du troisième âge ou près de celui-ci, lesquelles n’ont aucun intérêt à voir restreindre les prestations des assurances vieillesse ou à repousser l’âge du départ en retraite. Par conséquent, selon P. Demeny, un remaniement s’impose afin d’accorder davantage de poids politique à la jeune génération professionnellement active. P. Demeny en appelle même à conférer un droit de vote pour les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans, ce droit étant exercé par les parents.

Ceux-ci disposeraient donc, suivant le nombre de leurs enfants, de 3 ou 4 voix, voire davantage, ce qui aurait pour effet d’équilibrer à la longue les relations intergénérationnelles. Cette proposition originale ne fait pas (encore) l’unanimité. Souvent débattue dans les médias de renom, elle soulève notamment une question: la solution est-elle praticable?

 

Partie 2

La fatigue des parents, la honte des enfants

C’est notamment la comparaison entre divers pays et leurs communautés qui enrichit les colloques internationaux. Ainsi, les systèmes en place en un ailleurs peu connu chez nous, remettent souvent en question nos prétendues vérités et lieux communs, voire les contredisent – ce qui peut être bénéfique à nos propres idées.

Exemple: la contribution de Mamadou Ndongo Dimé de l’université du Québec. Pour les communautés d’Afrique occidentale, comme celle du Sénégal, la solidarité entre les générations constitue un principe fondamental. On attend des enfants d’âge adulte qu’ils s’occupent de leurs parents vieillissants et qu’ils subviennent financièrement aux besoins de ceux-ci lorsqu’ils ne peuvent plus travailler.

Cependant, il arrive que de tels principes – pourtant profondément ancrés dans les traditions – soient bousculés. M. Dimé est l’un des rares chercheurs à avoir examiné les conséquences de la crise économique actuelle sur les couches moyennes à Dakar, capitale du Sénégal. Et il a démontré qu’en raison de la crise, même les jeunes ayant bénéficié d’une bonne formation ne trouvent guère d’emploi; ils ne peuvent donc pas fonder de famille et dépendent de plus en plus longtemps de leurs parents – et a fortiori ne peuvent les seconder.

Ce renversement de la conception traditionnelle en matière de solidarité n’est facile à vivre pour personne: d’une part, les parents s’épuisent, obligés qu’ils sont de travailler plus longtemps et plus durement pour assister leurs enfants même d’âge adulte. D’autre part, cette situation est humiliante pour les jeunes et elle les fragilise moralement puisqu’ils se trouvent dans l’impossibilité d’assumer le devoir d’assistance envers leurs parents.

 

A suivre dans deux semaines: Le deuxième part.

 

Par Felix Bühlmann

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