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Un reportage alternatif du Colloque des démographes

Mercredi, 11.08.2010

Le texte qui suit a été écrit par Michela Villani. Vous trouvez leurs coordonnées ci-dessous.

Du 21 au 24 juin 2010, le XVI colloque de l’AIDELF s’est déroulé à l’Université de Genève et a porté sur le thème « Relations intergénérationnelles. Enjeux démographiques ». 90 communications ont été présentées dans 20 séances parallèles et 4 séances plénières au long de ces 4 journées. La thématique des relations générationnelles se déclinait autour de 3 axes principaux :

  • Les formes de solidarité familiale ;
  • La migration ;
  • La transmission des normes, comportements, santé et argent.

La majorité des communications ont intégré la dimension de genre, montrant bien comment l’inégalité entre hommes et femmes se reproduit encore dans bien des domaines. Le temps, sa gestion et sa quantification en termes d’heures de travail sont des éléments émergeant dans plusieurs communications.

Les effets de la globalisation du marché du travail sont mis en relation avec le phénomène migratoire. La pluralité des pays représentés a permis un dialogue enrichissant ainsi que le développement d’un regard comparatif absolument original.

Les formes de solidarité familiale

L’analyse comparative présentée par Anne Solaz dans sa contribution « Deux générations à la maison : le coût des jeunes adultes vivant chez leurs parents en France et en Italie » montre comment la sortie du foyer parental représente une augmentation importante en termes d’heures de travail domestique pour les hommes plus que pour les femmes. Ces dernières contribuent déjà aux tâches de ménage avant de quitter le foyer de leurs parents.

L’enquête montre que, globalement, les femmes consacrent plus d’heures que les hommes aux tâches domestiques. Pourtant l’analyse comparative met en évidence une particularité italienne qui ferait que les mères italiennes consacreraient un temps supplémentaire dès qu’il s’agit d’un enfant de sexe masculin. Cette surproduction de travail en termes d’heures des mères (italiennes) produirait un « confort » particulier dont les hommes seraient les principaux bénéficiaires.

Olivia Ekert-Jaffe fait une estimation du coût « en temps » consacré aux enfants, avec une attention spéciale pour le cas des familles monoparentales. Partant du constat qu’un enfant implique un surcroît de travail domestique et/ou une part de travail professionnel pour payer sa garde, elle montre que la monoparentalité s’accompagne d’une « relaxation » des contraintes de temps pour les femmes : il semblerait que les mères d’un enfant de moins de 15 ans, travaillant à plein temps, disposeraient en moyenne d’un peu plus de temps pour elle par jour que les mères en couple.

Pascal Sebille et Carole Brugeilles, dans leur présentation sur le « Partage des tâches parentales en France : le statu quo », montrent l’investissement et la participation croissants des pères aux tâches parentales, bien que l’égalité totale ne soit atteinte que dans les activités qualifiées de « Loisirs ». L’aide scolaire et l’accompagnement restent, avec une forte prévalence, des tâches accomplies par les mères.

Des changements apparaissent quant à l’habillage et la mise au lit, activités caractérisées de typiquement « féminines », quand l’enfant atteint un certain âge. Les parents dégagés de ces tâches, ce serait l’enfant lui-même qui les prendrait en charge ou l’aîné de la fratrie.

Partant du constat que les couples connaissent une instabilité croissante et que les recherches récentes sur la famille ont montré une fréquence accrue des recompositions familiales, Philippe Cordazzo montre que l’engagement du « beau-parent » n’est pas significativement différent de celui du parent biologique. Ce qui change par contre c’est la perception d’une répartition des tâches plus satisfaisante : les hommes dans les familles recomposées la considère comme meilleure avec moins de conflits.

Pour Cornelia Hummel il n’y a pas de différence significative dans les contacts entre petits-enfants et grands-parents suite au divorce des parents. Une matrilinéarité généralisée fait que les grands-parents maternels sont systématiquement avantagés tandis que la parenté paternelle est moins présente.

La migration

Christelle Hamel fait une analyse très fine des facteurs qui déclenchent des conflits intergénérationnels dans les familles immigrées qui résident en France. La perspective de genre montre que les filles ont souvent plus de conflits avec les parents que leurs frères, qui opteraient pour un « silence diplomatique » allant dans les deux sens (enfant et parents) et consistant à ne pas aborder certaines thématiques.

Un regard comparatif sur la population immigrée de différentes origines et la population majoritaire (française) montre que les familles immigrées n’ont pas plus de conflits intergénérationnels que les familles de la population majoritaire.

Rémi Gallou, dans sa présentation « Familles africaines en France : parcours, liens et transformation identitaire », montre comment les mères africaines jouent un rôle central, d’une part, dans le soutien de l’enfant et notamment vis-à-vis de son intégration (d’où l’importance attribuée à la scolarité, l’incitation à atteindre un bon niveau d’étude et un bon emploi) et, d’autre part, dans la transmission de l’histoire et de la langue du pays d’origine.

Les femmes de cette population migrante vivant en France se chargent de tout un travail de transmission d’un double bagage de valeurs et tissent les liens entre leur pays d’origine, souvent étranger à leurs enfants, et le pays de migration.

La transmission des normes, comportements, santé et argent.

Marie Lesclingand, dans sa présentation « Transmission intergénérationnelle d’une pratique néfaste : mesure d’abandon de l’excision en contexte migratoire à travers trois générations de femmes », montre comment l’abandon de la pratique effectuée par la grand-mère aurait une incidence forte sur la perte de cette pratique dans la génération suivante.

L’abandon étant sûrement favorisé par le contexte migratoire et la nouvelle signification de la pratique en terme de crime, celle-ci perd sa valeur et sa mise en acte du moment où les femmes arrêtent de la pratiquer à la génération suivante.

La présentation de Barthélémy Kalambayi Banza sur l’éducation sexuelle à Kinshasa, nous apprend comment les modifications socio-économiques touchant la ville éloignent les grands-parents des enfants, déstructurant ainsi la famille. Les grands-parents – dont le rôle était d’initier les petits-enfants à l’éducation sexuelle, dans une configuration relationnelle fictive imitant le couple du type Grand-mère/Petit-fils et Grand-père/Petite-fille – en étant à l'écart laissent un vide qui n’est pas comblé par les parents. L’accent est mis surtout sur les risques d’une perte culturelle et de menace identitaire à partir de la fragmentation de la cellule familiale.

 

Michela Villani
mvillani@eesp.ch
Haute école de travail social et de la santé · EESP
Ch. des Abeilles 14
1010 Lausanne

 

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