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Lorsque ne pas rester à distance est s’approcher de trop près - La prévention des abus sexuels dans les projets intergénérationnels

Lundi, 24.06.2019
innifer Frauen nach sexuellem Missbrauch Selbsthilfegruppe Generationenprojekte

Abus relationnel, l’exploitation sexuelle se produit toujours lorsque les rapports de forces ne sont pas équilibrés.

Les projets intergénérationnels impliquant des mineurs ont donc une responsabilité particulière. C’est le cas des adultes qui exercent un pouvoir sur des mineurs qui sont en situation de dépendance. Les projets intergénérationnels reposent précisément sur un travail relationnel, et celui-ci est impensable sans une certaine proximité, même si une distance claire de sécurité et de protection est tout aussi importante. Ainsi, en matière de proximité et de distance, ce n’est pas l’un ou l’autre, mais c’est un savant dosage des deux.

Cet exercice d’équilibre – un véritable exploit – demande aux chefs de projets et aux volontaires de réfléchir en permanence et avec soin à leurs attitudes et actes dans des situations concrètes. En quoi se distingue une attitude attentive et où surgissent des situations délicates? Quelle proximité physique et émotionnelle favorise le développement des enfants et des jeunes – et à partir de quand enfreint-elle des limites? 

 

 

Le droit à la clarté dans une zone grise autour des situations à risques

 

Chargé de l’encadrement d’un enfant, puis-je toucher un enfant turbulent afin d’attirer son attention? Bénévole apportant mon aide dans ce type d’encadrement, comment dois-je procéder pour consoler un enfant – sans enfreindre son intégrité? Marraine d’un enfant, quelle proximité émotionnelle peut être la mienne sans qu’elle ne devienne manipulatrice? Jusqu’où accompagner un enfant et comment favoriser son développement individuel, tout en assurant la transparence souhaitable? Chargé d’une mission dans un projet intergénérationnel, à quels contacts avec les familles suis-je autorisé en dehors de ce projet, autrement dit jusqu’à quel point ai-je le droit de privatiser ces contacts? Quelles sont les attentes des parents, des responsables de projets ou des bénévoles? Dans le cadre des projets intergénérationnels, tous les acteurs ont le droit de savoir clairement ce qui est ou non permis.

Un cadre clair autour de situations délicates (situations à risques) dans la zone grise (c’est-à-dire dans la zone qui n’est pas encore pertinente en droit pénal) permet de protéger toutes les personnes impliquées: les enfants et adolescents contre le dépassement de limites, l’atteinte à leur intégrité ou même l’exploitation – les volontaires contre les interprétations, malentendus ou accusations injustifiées.

 

 

La prévention repose sur la transparence et le dialogue 

 

Un cadre clair ne peut être mis en place que si des échanges ouverts et objectifs ont lieu au sein de groupes spécifiques, tant de personnel que de direction. Les attitudes et les comportements favorables à un bon équilibre entre proximité et distance dans la zone grise peuvent ainsi être clarifiés calmement.
L’organisation Limita recommande une procédure ouverte comprenant trois étapes autour des questions suivantes:

 

  • Quelles sont les situations potentiellement délicates qu’il convient de rendre transparentes et de clarifier pour la sécurité de toutes les personnes concernées (mélange mission-privé, situations survenant à des endroits en lien avec l’intimité physique ou psychique, situations en tête-à-tête, etc.)?
  • Où les projets intergénérationnels fixent-ils leurs normes de qualité concrètes dans ces situations? Quel est le comportement approprié pour quel rôle (mentor, parrain, chef de projet) et pour quelle tâche? Comment le cadre est-il conçu autour des situations délicates?
  • Que convient-il de rendre absolument transparent pour l’équipe, la direction, les parents et/ou les enfants, et où cette transparence est-elle mutuellement exigée pour la protection de tous – enfants, adolescents et adultes?

 

 

La suspicion générale

 

En tant que volontaire, ai-je encore le droit de m’occuper d’enfants ou ma simple intention de le faire suscite-elle déjà la méfiance? La crainte de la suspicion générale inquiète et déstabilise particulièrement les hommes s’impliquant dans des projets intergénérationnels. Or, la suspicion générale à l’égard des hommes mène tout autant à une impasse qu’une attitude aveugle vis-à-vis des femmes. Bien que les études menées jusqu’à présent aient démontré que les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes à transgresser les limites, la réduction au genre est contre-productive en matière de protection et suggère des schémas trop simples. Il est au contraire important d’adopter une attitude qui interroge le pouvoir. Les relations asymétriques exigent toujours beaucoup de transparence et de clarté en ce qui concerne les rôles de chacun. Plus il y a de pouvoir, plus les risques sont grands.

C’est là une raison suffisante pour négocier de manière transparente l’équilibre proximité-distance dans les projets intergénérationnels, afin d’y créer une base solide pour les volontaires et d’accroître en même temps la protection des enfants et des jeunes. Pour le bien de tous, il doit être possible de parler de manière aussi concrète que possible des problèmes, notamment des contacts physiques.

 

Les lignes directrices suivantes sont importantes dans la discussion sur le contact physique:

 

  • On ne doit pas déléguer aux enfants et aux adolescents la tâche de définir des limites claires en matière de contact physique. Les enfants et les adolescents sont dépendants des adultes. Or, il est toujours de la responsabilité des plus puissants de veiller à ce que les limites soient respectées.
  • Un contact physique extra-familial régulier exige une justification pédagogique et donc une diligence professionnelle. Le contact corporel régulier ne doit pas devenir une routine irréfléchie et négligente, mais il doit être actif et attentif.
  • La transparence des contacts corporels est indispensable, tant vis-à-vis de la direction que des enfants et des parents. La transparence sert à protéger, d’une part, contre les abus, et d’autre part, contre les malentendus et les interprétations.
  • Les contacts corporels extraordinaires se justifient dans des conditions particulières, tant situationnelles que spontanées (par ex. pour la désescalade). On peut alors exiger la clarté des rôles et la transparence subséquente.  

 

 

Les projets intergénérationnels nécessitent des seuils pour éviter les abus sexuels

 

Les normes de transparence et de qualité concernant les situations à risques dans la zone grise relèvent les seuils à franchir pour les auteurs potentiels et donnent à tous les autres – la grande majorité – un supplément de soutien et de protection. L’analyse des cas d’abus montre que les pertes subtiles de distance commencent bien avant les violations réelles des limites sexuelles. Les auteurs bénéficient d’opportunités inexpliquées, adoptent une approche très stratégique et préparent systématiquement l’exploitation sexuelle. Au début, ils enfreignent subtilement les limites pour étendre progressivement et insidieusement leurs atteintes. Lorsque les rôles et les limites ne sont pas définis pour tous, transparents et contraignants, les agresseurs ont un jeu facile pour élargir les possibilités en fonction de leurs goûts individuels. En revanche, lorsque même de minimes atteintes des limites sont sanctionnées, il est difficile pour les auteurs potentiels de tester par exemple des rituels pour avancer et sexualiser progressivement les relations avec les enfants et les adolescents. Les exploitants sexuels sont de grands maîtres de la manipulation. Une culture de la transparence et des normes claires en ce qui concerne les situations à risques rendent les stratégies de manipulation moins aisées, que ce soit envers les enfants, les adolescents, l’équipe du projet, le prestataire de services ou les parents.

 

 

Les instruments de gestion des risques

 

Un volontaire qui enfreint les limites par imprudence, inexpérience ou indifférenciation des rôles n’est pas encore un agresseur. C’est l’intention qui fait la différence. Cependant, il n’est pas toujours possible pour les parents, les collègues et les dirigeants d’être sûrs de cette intention. D’ailleurs, le rôle de l’entourage n’est pas d’interpréter les comportements, mais d’exiger une attitude transparente.

Grâce à l’élaboration sur mesure d’un code de conduite comprenant des normes de qualité pour les situations à risques, les projets intergénérationnels peuvent disposer d’un instrument préventif adapté à l’utilisation quotidienne et leur permettant de traiter objectivement les situations limites, de les rattraper et de les restreindre avant qu’une infraction pénale (ou une suspicion d’infraction) ne survienne. Un code de conduite définissant des normes présente de nombreux avantages, y compris pour les bénévoles:

  • Définir des normes relatives aux situations sensibles permet de s’entretenir à plusieurs sur les risques, précocement, de manière transparente et constructive.
  • La recherche permanente de l’équilibre entre la proximité et la distance minimise également le risque d’accusations injustifiées. Les normes relatives aux situations délicates créent un cadre clair dans lequel les volontaires doivent et peuvent évoluer.
  • Ce cadre clair forme la base de la communication avec les parents – il canalise les craintes et les rumeurs.

 

Tout cela peut objectiver la discussion sur la proximité et la distance, tout en permettant une gestion ciblée des risques afin d’obtenir le difficile équilibre entre la banalisation et la dramatisation.

 

 

L’obligation de signalement et le concept d’intervention en cas de suspicion d’infraction pénale

 

Cependant, si enfants, adolescents ou parents signalent une éventuelle infraction pénale (à différencier de la zone grise), leur obligation d’agir et celle de l’organisation dépassent le cadre de la simple prévention. La sonnette d’alarme retentit alors à juste titre. Le mode d’action nécessaire est orienté en fonction de la procédure de gestion de crise préalablement définie. Il est important de ne pas exclure le pire des cas, même si la présomption d’innocence s’applique jusqu’à un éventuel jugement. En présence d’indices ou de déclarations relatives à des actes pertinents au titre pénal, l’obligation s’applique d’en rapporter aux instances désignées par l’organisation (par exemple la direction), sans échanger sur ces indices ou déclarations avec les autres personnes concernées (collègues, parents, etc.). La confrontation prématurée avec la personne soupçonnée doit être évitée à tout prix, même s’il est difficile d’y résister en raison d’un conflit personnel de loyauté. Chaque personne supplémentaire qui serait impliquée contribuerait à rendre imprévisibles les dynamiques et à les intensifier aux dépens de tous les participants. Les gestions des cas et des crises ne relèvent pas du personnel, mais de la direction et d’une équipe de crise qui devra nécessairement opérer en réseau avec des spécialistes externes impartiaux. C’est à cette condition que l’éclaircissement ciblé d’une suspicion d’infraction pénale peut aboutir sans entraîner toutes les personnes impliquées comme un raz-de-marée. Une suspicion d’infraction pénale est toujours grave. Les bénévoles et les employés doivent être soulagés de ce fardeau par des gestionnaires de projets qui établissent des obligations claires en matière de rapports internes et qui, au besoin, assurent une gestion coordonnée du cas.

 

Billet de blog par Karin Iten, directrice de Limita, service spécialisé dans la prévention de l’exploitation sexuelle, Zurich  

 

Photo: innifer.de - Frauen nach sexuellem Missbrauch, Konstanz (Allemagne)

 

Service spécialisé dans la prévention de l’exploitation sexuelle

 

Offre de Limita:

Depuis plus de 20 ans, Limita accompagne les organisations dans la réalisation de concepts de protection sur mesure.

Pour les projets intergénérationnels, les services suivants sont très utiles:

  • Manifestations et formations destinées aux équipes
  • Ateliers de stimulation et cercles de qualité pour les chefs et directeurs de projets

Conseils spécialisés et accompagnements des groupes de travail et directions dans l’élaboration et la mise en œuvre des mesures

Contact: info@limita.ch, tél. +41 44 450 85 20

 

 

 

 

 

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