Les petits-enfants estiment leurs grands-parents et les apprécient pour leur affection et leur générosité

Mercredi, 01.06.2011

Chercheur et spécialiste du troisième âge, François Höpflinger* constate des différences marquées entre les relations intergénérationnelles vécues en famille et à l’extérieur.

 

Quels sont pour vous les résultats les plus surprenants du « Generationenbericht Schweiz » publiés en 2008?

François Höpflinger : Il était inattendu pour nous que les relations entre grands-parents et petits-enfants aient connu une évolution aussi positive. En dépit de toutes ces discussions sur l’individualisation de notre société et la crise de la famille, les formes de solidarité intrafamiliale se sont renforcées. Au 21e siècle, les conflits familiaux ont presque disparus.

 

Concrètement, comment se présentent aujourd’hui les relations entre les grands-parents et leurs petits-enfants?

Höpflinger : Ce qui surprend, c’est que les petits-enfants exercent une grande influence sur la qualité de ces relations. Ils estiment leurs grands-parents et les apprécient pour leur affection et leur générosité ; ils aiment aussi que, contrairement à d’autres adultes, les grands-parents ont le temps, ne sont pas stressés et aiment converser avec eux. Pour les grands-parents, c’est là l’occasion de remémorer des étapes antérieures de leur vie, de faire revivre des souvenirs de leurs propres nourrissons et jeunes enfants, désormais sans responsabilités à assumer. Pour les personnes âgées, le contact avec leurs petits-enfants est comme un bain de jouvence social.

 

Bien qu’estimés et appréciés, que les grands-parents doivent-ils se garder de faire?

Höpflinger : Ils ne doivent pas s’immiscer dans la vie privée de leurs petits-enfants adolescents et, encore moins, dans leur vie amoureuse. S’ils s’en tiennent au principe « Je m’engage sans m’immiscer », tout ira bien.

 

Que pouvez-vous dire de l’intensité des échanges entre les générations au niveau familial?

Höpflinger : La plupart des personnes âgées ayant des enfants et des petits-enfants disent avoir de bons contacts. De nos jours, de nombreux grands-parents vivent toutefois à l’étranger. Le contact direct se limite donc aux vacances et fêtes passées en famille. Les contacts téléphoniques et électroniques en revanche ont très nettement augmenté.

 

Et l’échange intergénérationnel à l’extérieur des familles?

Höpflinger : Il est modeste. Toutefois, les structures hiérarchiques, donc les entreprises et les clubs de sports, favorisent les contacts. Ainsi, au travail, le supérieur est généralement plus âgé que ses subordonnés ; et les sportifs actifs sont jeunes, alors que les fonctionnaires des clubs sont d’un âge plus avancé. Mais dans le monde des loisirs et dans la vie culturelle, les échanges entre personnes de même âge dominent nettement.

 

Faudrait-il davantage de points de rencontres afin de renforcer le dialogue entre les générations?

Höpflinger : Je pense qu’une certaine distance entre les générations est préférable à des contacts imposés. Il est un fait que les générations n’ont pas les mêmes besoins. Pour les personnes d’un âge avancé, échanger avec des jeunes leur demande beaucoup de force. Toutefois, une amélioration serait souhaitable dans l’utilisation des ressources et des compétences dont disposent les personnes à l’âge de la retraite. Enfin, il faudrait davantage de projets comme « Jugend Mit Wirkung » d’Infoklick.ch, qui permettent aux jeunes de s’exprimer et où les anciens ne leur expliquent pas ce qu’ils doivent vouloir.

 

Et quelles sont enfin les exigences centrales auxquelles doit trouver des réponses une société démographiquement vieillissante comme la nôtre?

Höpflinger : Nous serons sans doute, à terme, contraints de relever l’âge de la retraite. Pour cela, nous devons d'ores et déjà renforcer les efforts de promotion de la santé. En effet, plus longtemps les personnes demeureront en bonne santé, moins longtemps elles dépendront ensuite de soins, ce qui déchargera considérablement les jeunes.

*François Höpflinger a, conjointement avec Pasqualina Perrig-Chiello et Christian Suter, publié en 2008 « Generationenbericht Schweiz : Generationen – Strukturen und Beziehungen ». A 62 ans, il est professeur titulaire en sociologie à l’université de Zurich. Ses principaux domaines de recherche sont la sociologie familiale, la démographie, la politique sociale et les questions liées à l’âge et à l’intergénérationnel. Internet www.hoepflinger.com

 

 

 

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